Principes & solutions

Mesure de débit

1 – Notions fondamentales et régimes d’écoulement

Formule de calcul du débit massique Qm

Dynamique et régimes d’écoulement

Le régime d’écoulement d’un fluide est conditionné par sa viscosité, c’est-à-dire sa résistance interne à un écoulement uniforme et sans frottement. Selon cette viscosité, la distribution du profil de vitesse varie significativement sur l’ensemble de la section de passage.

Influence de la viscosité sur le profil de vitesse d’un fluide
Influence de la viscosité sur le profil de vitesse au sein d’une canalisation.

Le régime laminaire s’opère par glissement ordonné des filets fluides les uns sur les autres, sans transfert transverse de matière, à l’opposé du régime turbulent caractérisé par des tourbillons erratiques.

Dans le cas d’un écoulement incompressible, le nombre de Reynolds (Re), grandeur adimensionnelle, permet de classifier avec rigueur la nature de l’écoulement :

Comparaison entre écoulement laminaire et écoulement turbulent Formule analytique du nombre de Reynolds
Formule générale du nombre de Reynolds en gaine

Avec :

  • V : Vitesse moyenne d’écoulement du fluide [m/s]
  • D : Diamètre hydraulique intérieur de la conduite [m]
  • ν (nu) : Viscosité cinématique du fluide [m²/s]

Les régimes critiques s’établissent selon les seuils suivants :
• Si Re < 2000 : le régime est strictement laminaire.
• Si 2000 ≤ Re ≤ 4000 : le régime est dit transitoire ou incertain.
• Si Re > 4000 : le régime devient pleinement turbulent.

En régime laminaire stabilisé, la quantification du débit volumique découle directement de la vitesse moyenne :

Formule de calcul du débit volumique Qv

Avec :

  • Q : Débit volumique du fluide [m³/h ou m³/s]
  • V : Vitesse d’écoulement [m/s]
  • S : Section droite de passage de la gaine [m²]

2 – Les débitmètres volumiques

En écoulement laminaire, la connaissance conjointe de la vitesse moyenne et de la section géométrique suffit à déterminer le débit volumique traversant.

Lors de l’implantation de ces capteurs, les règles de l’art imposent de les insérer sur des longueurs droites stabilisées, à des distances normalisées (au minimum 5 à 10 fois le diamètre hydraulique en amont) de toute singularité générant des pertes de charge ou des vortex (coudes, réductions, registres, clapets).

Mesure de débit par anémomètre à fil chaud

Le débit est déduit de la vitesse d’air au moyen d’un capteur à fil chaud logé au cœur d’un « cône de mesure ». Cet organe convergent canalise l’écoulement vers une section calibrée où est implanté l’élément sensible.

Dispositif de mesure de débit volumique par cône et fil chaud

La section d’étalonnage étant invariante, le transmetteur calcule instantanément le débit volumique transitant par la bouche d’extraction ou de soufflage.

Mesure de débit par tube de Pitot

Le tube de Pitot intègre deux circuits manométriques coaxiaux débouchant sur des prises distinctes :

  • Le tube externe capte la pression perpendiculairement au flux d’air, mesurant ainsi la pression statique (ambiante).
  • Le tube interne, ouvert face à l’écoulement incident, intercepte le point d’arrêt et mesure la pression totale.
Schéma fonctionnel du tube de Pitot différentiel

L’extraction de la pression dynamique différentielle repose sur l’application du théorème de Bernoulli :

Formulation du théorème de Bernoulli Calcul de la vitesse d'écoulement issue de la pression différentielle

En négligeant le terme altimétrique z dans les applications aérauliques, la vitesse s’exprime en fonction de Pt (pression totale), Ps (pression statique) et ρ (masse volumique de l’air).

Aile de mesure de débit d'air multipoints en gaine
Aile de mesure multipoint basée sur le principe de Pitot (fabricant Kimo).

Mesure de débit par organe déprimogène

Une restriction de passage engendre une accélération locale du fluide et crée entre l’amont et l’aval une pression différentielle ΔP rigoureusement corrélée au débit volumique :

Formule de calcul du débit par organe déprimogène

Dans cette relation, ρ représente la masse volumique du fluide et kc le coefficient de décharge propre à la géométrie de l’élément.

Profils d'organes déprimogènes : diaphragme, tuyère et tube de Venturi

Ces organes couvrent une très large dynamique de mesure, s’échelonnant de quelques m³/h à plus de 10⁵ m³/h. Sur les réseaux de traitement d’air, les solutions phares demeurent le tube de Venturi et les ailes de mesure.

Tube de Venturi

Ce tronçon profilé présente un convergent régulier suivi d’un col étroit et d’un divergent, exploitant la dépression créée au col par l’effet Venturi.

Schéma en coupe d'un tube de Venturi normalisé

Ses limites d’exploitation tiennent à sa perte de sensibilité sous le seuil de 10 m³/h, à sa non-réversibilité (mesure unidirectionnelle stricte) et à la perte de charge singulière permanente qu’il introduit dans le réseau aéraulique.

Croix de mesure

Dérivée du principe de Pitot, la croix de mesure est constituée de deux rampes tubulaires croisées perforées d’orifices multiples calibrés. Les tubes orientés face à la veine d’air intègrent la pression totale moyenne, tandis que les prises sous le vent captent la pression statique.

Structure interne et principe de prise de pression d'une croix de mesure

Cette géométrie présente des atouts opérationnels décisifs :

  • Une facilité d’insertion dans les gaines circulaires ou rectangulaires.
  • Une perte de charge minimale grâce à son profil aérodynamique.
  • Une atténuation acoustique sans sifflement dans le flux.
  • Un échantillonnage multipoint fournissant une moyenne spatiale représentative (excellente répétabilité même avec un profil dissymétrique).

3 – Technologies de régulation du débit en gaine

Pour asservir le débit d’air véhiculé en gaine, on recourt à un capteur de pression différentielle. Le choix technologique dépend directement des contraintes de l’environnement exploité.

Mesure différentielle dynamique (débit calorimétrique)

Dans une mesure dynamique, une fraction du flux d’air est dérivée en dérivation (by-pass) à travers la cellule de mesure. Cette dernière fonctionne comme un micro-anémomètre thermique : un élément chauffé dissipe sa chaleur par convection proportionnellement à la vitesse de passage. Ce signal est directement linéaire au débit volumique total sans extraction de racine carrée.

Principe du capteur de pression différentielle dynamique par micro-débit

Mesure différentielle statique (à membrane)

Le transmetteur statique à diaphragme sépare deux chambres closes étanches. La flèche prise par la membrane sous l’effet du différentiel de pression est convertie en signal électrique. Ce signal étant proportionnel à ΔP, le régulateur ou la GTC doit impérativement appliquer une fonction de racine carrée pour restituer le débit. Par ailleurs, les atmosphères chimiques agressives imposent des membranes protégées pour prévenir tout risque de corrosion ou de dérive du zéro.

Coupe technique d'un capteur différentiel à membrane statique
Critère de sélection Capteur dynamique (by-pass) Capteur statique (membrane)
Plage de débit exploitable 10 à 100 % Env. 17 à 100 %
Indice de coût relatif 100 % (base de référence) 250 %
Contraintes d’exploitation Sensible à l’encrassement par poussières ou aérosols Sensibilité à l’orientation et à l’accélération gravitationnelle
Maintenance préventive Nulle (système auto-nettoyant) Recalibration annuelle du zéro recommandée